Photo © AFP/A Singapour
Le président français en personne est venu "mouiller sa chemise".
Singapour, 5 juillet (AFP). Rires ou larmes: Paris ou Londres saura dans quelques heures qui des deux cités rivales a obtenu le vote des membres du Comité international olympique (CIO), réunis à Singapour, pour organiser les Jeux de 2012.
Les derniers moments de la campagne des deux capitales ont été éprouvants et laisseront des traces. Même si, aussi bien le président Jacques Chirac que le Premier ministre britannique Tony Blair, ont tenu à replacer l'enjeu à sa place, celle d'une compétition sportive.
Selon les règles édictées par la commission d'éthique du CIO, les cinq villes candidates pour les JO-2012, Paris, Londres, Madrid, New York et Moscou, doivent s'abstenir de critiquer leurs rivales. Blair, dans sa dernière conférence de presse mardi, s'est refusé à polémiquer, à la suite des moqueries supposées de Jacques Chirac à l'encontre de la cuisine anglaise. Jacques Chirac, arrivé mardi après-midi à Singapour, a déclaré venir "pour défendre une candidature avec fair-play". Les journalistes britanniques présents, très remontés, lui avaient demandé auparavant: "Do you like roast-beef (ou Rosbif) ?".
L'épisode Chirac-Blair faisait suite à des échanges aigres-doux à propos du Stade de France. "J'apprécie d'y aller pour assister à des matches de rugby, mais malheureusement le rugby n'est pas un sport olympique", avait déclaré Rod Sheard, un architecte australien qui a participé au projet du futur stade olympique de Londres. En réponse, le maire de Paris Bertrand Delanoë avait ironisé: "Le Stade de France a le mérite d'exister".
Des trois autres villes candidates, seule Madrid se comportait mardi encore en challengeur. New York et Moscou semblaient résignées. Les cinq doivent passer mercredi à partir de 09h00 (03h00 françaises) du matin un dernier grand oral qui précédera le vote, dont le résultat sera annoncé par le président du CIO, Jacques Rogge, vers 19h40 (13h40 françaises) mercredi.
Les Français présenteront, une dernière fois, un projet compact économiquement maîtrisé (6,75 milliards d'euros d'investissements prévus), écologique et soutenu par 9 Français sur 10.
Les représentants de Paris, le président Jacques Chirac en tête, seront les premiers à plancher dès 09h00 locales. Ils présenteront, une dernière fois, un projet compact (75% des épreuves se dérouleront dans un rayon de 12 km autour du Village olympique), économiquement maîtrisé (6,75 milliards d'euros d'investissements prévus), écologique et soutenu par 9 Français sur 10. Un film d'une trentaine de minutes, réalisé par Luc Besson et sur lequel le secret a été bien gardé, est censé servir d'électrochoc positif pour les membres de l'assemblée qui douteraient encore de leur choix.
Cette dernière prestation, que le ministre des Sports Jean-François Lamour a comparée au programme libre d'une compétition de patinage artistique ("décisif car le dernier, le mieux noté") doit convaincre ceux qui n'ont pas encore fait leur choix. Chaque ville a une heure pour convaincre - dans l'ordre Paris, New York, Moscou, Londres et Madrid -, la capitale espagnole concluant les oraux à 17h00 (11h00 françaises). Puis viendra le vote, électronique et secret. Les membres des pays dont une ville est candidate ne voteront pas tant que leur ville sera en lice.
Jacques Rogge prévoit une finale très serrée, avec un écart d'une demi-douzaine de voix entre l'heureux élu et son ultime rival.
Jacques Rogge prévoit une finale très serrée, avec un écart d'une demi-douzaine de voix entre l'heureux élu et son ultime rival. "Chaque ville a une très bonne chance de l'emporter et je pense que la différence entre la première et la deuxième sera très faible", a-t-il déclaré. Jacques Rogge, qui ne prend pas part au vote, exclut ainsi un scénario identique à celui vécu à Moscou, en 2001, lors de la désignation de Pékin pour les JO-2008, avec un score de 56 voix pour la capitale chinoise dès le deuxième tour face à Toronto (22). "Tout se jouera au centième de seconde", aime à dire Jean-Claude Killy, l'un des trois membres français du CIO, triple médaillé d'or aux Jeux de Grenoble (1968).
Londres a bénéficié d'un forcing du Premier ministre Tony Blair, venu depuis dimanche à Singapour pour rencontrer les indécis, et du soutien de la reine Elizabeth II transmis dans un message de Buckingham Palace. Madrid sera défendu par le chef du gouvernement José Luis Rodriguez Zapatero et la reine Sofia, présents à Singapour. Les Britanniques sont emmenés par Sebastian Coe, le double champion olympique du 1500 m, qui possède de solides relais au sein du CIO. Les Espagnols ont quant à eux le soutien actif de Juan Antonio Samaranch, l'ancien président du CIO, dont l'influence demeure importante.
Le premier tour de scrutin, éliminatoire, est primordial de l'avis de tous. Il y faudrait pour Paris un socle de 30 voix au moins, selon Jean-François Lamour.
Le premier tour de scrutin, éliminatoire, est primordial de l'avis de tous. Il y faudrait pour Paris un socle de 30 voix au moins, selon Jean-François Lamour. Mais les résultats restant secrets, le suspense durera jusqu'à ce que Jacques Rogge annonce, vers 19h40 à Singapour (13h40 à Paris), le nom de la ville qui accueillera les 27e jeux Olympiques d'été.